Anansi Boys - Neil Gaiman

Date de sortie:
septembre 2005
Pourquoi ce livre ?
Vous le savez depuis la chronique sur Neverwhere, Neil Gaiman fait maintenant partie de mes auteurs favoris -ou, au minimum, des auteurs que je surveille de très près.
Il y a un an environ, c'est donc avec enthousiasme que je me suis mise à lire American Gods, encensé par la critique et lauréat du prix Hugo.
Et là, stupeur : je retrouvai bien la patte de Neil Gaiman, mais tout me semblait tellement plus noir, plus glauque et plus vulgaire que j'en suis restée sur le...derrière, oui nous sommes sur un respectable blog de critiques littéraires alors je chatie mon language. N'ayant pas besoin de me déprimer encore plus, j'ai donc renoncé au tiers du livre et suis allée le rapporter, pensant lui donner une deuxième chance plus tard, à un autre moment, quand j'aurai en moi assez de réserve de guimauve, d'arc-en-ciel et de petits poneys pour affronter le côté sordide du bouquin.
Je suis récemment tombée sur Anansi Boys, qui avait le double avantage 1)de ne pas avoir été lu par moi 2)de se dérouler dans le même univers qu'American Gods, c'est à dire dans notre monde, où se baladent incognito les dieux des temps anciens et modernes.
Quoi de mieux pour me redonner envie de lire American Gods ?
Le résumé:"Si on devait définir Anansi Boys, ce serait une épopée magico-horrifico thrillo-fantastico familiale, même si cela exclut son côté polar et tout son aspect culinaire. Bref, c'est un livre de moi. Et je me suis vraiment amusé en l'écrivant. " Neil Gaiman.
Le père de Gros Charlie n'était pas ordinaire : il était Anansi, le Dieu Araignée, l'esprit de rébellion, un dieu filou capable de renverser l'ordre social, de créer une fortune à partir de rien et de défier le diable... Un héritage bien encombrant ! Une mythologie moderne où l'on trouve une sombre prophétie, des désordres familiaux, des déceptions mystiques, et des oiseaux tueur. Sans oublier un citron vert.
Le scenario
Original, un peu chaotique et la magie permet des raccourcis scénaristiques incroyables : mais rien qui ne nuise à l'intrigue.Tout événement a sa place et a été soigneusement pensé.
Les personnages
Anansi Boys prend place dans l'univers décrit précedemment dans American Gods : notre monde, malgré les technologies, est peuplé de dieux, certains vieux comme le monde et d'autres nés des nouvelles croyances. Ici, ce sont les contes africains qui sont à l'honneur. Anansi, le dieu araignée, est en quelque sorte le pendant de Coyote chez les indiens : chanceux, roublard, malicieux et adorant faire les choses au dépend des autres. Le livre suit Charles, dit Gros Charlie, fils d'Anansi et complètement ignorant du statut divin de son père, jusqu'au jour où il apprend la mort de celui-ci...
N'y allons pas par quatre chemins : les personnages de Neil Gaiman sont forcément tous bons. En recourant à très peu de description, il arrive à les définir chacun par leurs actes, leurs pensées, leurs paroles. Que ce soit le patron de Charles, Rosie sa jeune fiancée, les trois mamies rebouteuses tout droit sorties du bayou ou une ex-starlette de la télévision, tous les personnages secondaires ont une véritable présence et participent à l'intrigue.
Le style/l'auteur
Neil Gaiman a une sacrée dose de talent. Celui de pondre des histoires à nulle autre pareilles. C'est un conteur né. Celui de manier l'humour avec un petit peu plus de folie que les Anglais et un petit peu plus de flegme que les Americains.
Gaiman arrive à meler habilement des situations quotidiennes au récit de légendes. Lorsqu'il en vient aux légendes justement, cette façon merveilleuse et à la fois très primale de raconter, pleine de symboles, est proche de la tradition orale. Quand je lis la visite spirituelle de Charles avec les anciens dieux, j'ai l'impression d'écouter un vieux conteur africain. Même si, je l'avoue, je n'ai pas beaucoup l'habitude des vieux conteurs africains....Gaiman célèbre à sa manière le pouvoir des mots, le pouvoir du chant, et donc il est légitime de penser qu'il rend hommage à ces très anciennes traditions à travers son livre.
J'ai donc retrouvé, en beaucoup plus puissant et adapté à la mythologie africaine/caribéenne, ce qui faisait déjà la bizarrerie de certains passages de Neverwhere (que je tairais pour ne pas spoiler).
Sans oublier, bien évidemment, une bonne dose d'humour.
Bref
Du pur Gaiman. M'a réconcilié avec l'univers d'American Gods. Je considère donc que ce livre comme une vraie réussite, surtout au vu du thème : autant je m'y retrouve en mythologies égyptienne, grecque, romaine, celtique et arthurienne, voire même amérindienne....autant en mythologie ouest africaine, je n'y connais que pouic. Notez également que je suis arachnophobe, mais ça ne m'a pas empêchée d'avoir beaucoup de sympathie pour les rejetons d'Anansi (sacré Gaiman!)
Note
17/20
